Une étude exclusive FLASHS pour Materiel-velo.com
Circuler à vélo expose. Conflits avec les automobilistes, sentiment d’insécurité dans le trafic, mises en danger routières : ces difficultés font désormais partie du quotidien de nombreux cyclistes, quel que soit leur profil. Mais cette exposition se vit-elle de la même manière pour tous ? Et surtout, les contraintes s’arrêtent-elles aux seuls aléas de la circulation ?
Car aux tensions inhérentes à la pratique du vélo s’ajoutent, pour les femmes, des expériences spécifiques. Moins nombreuses à utiliser ce mode de déplacement, plus attentives aux conditions de sécurité, elles déclarent aussi être confrontées à des comportements qui dépassent la simple agressivité routière. Insultes, intimidations, remarques déplacées ou gestes inappropriés viennent s’ajouter aux contraintes déjà pesantes de la circulation, faisant du vélo une pratique à la fois exposée et socialement dissuasive.
C’est ce que met en lumière cette enquête réalisée par l’institut FLASHS pour Materiel-velo.com auprès d’un panel représentatif de 2 000 Français et Françaises, dont plus de 1 200 personnes utilisant ou ayant déjà utilisé le vélo pour leurs déplacements.
En analysant les usages, les freins et les situations vécues sur la route, l’étude montre comment, au-delà des difficultés communes à l’ensemble des cyclistes, certaines pratiques et comportements contribuent plus spécifiquement à éloigner les femmes du vélo.
Le vélo, une pratique d’abord jeune et masculine


Près d’un Français sur deux (46 %) utilise aujourd’hui le vélo pour ses déplacements, qu’il s’agisse d’un usage régulier ou plus occasionnel. Loin d’être homogène, cet usage du vélo révèle en réalité de forts écarts selon les profils.
La pratique apparaît d’abord nettement genrée. Plus de la moitié des hommes utilisent le vélo pour leurs déplacements (54 %), contre seulement 38 % des femmes, un différentiel de 16 points qui souligne une appropriation très inégale de ce mode de transport.
Mais c’est surtout l’âge qui constitue le principal facteur de clivage. Chez les plus jeunes, le vélo s’impose largement : 77 % des 18-24 ans et 72 % des 25-34 ans déclarent l’utiliser. Cette proportion décroît ensuite progressivement avec l’avancée en âge, passant à 64 % chez les 35-49 ans, puis à 58 % chez les 50-64 ans. Même après 65 ans, plus d’une personne sur deux (54 %) continue toutefois à recourir au vélo, signe que si la pratique s’atténue avec le temps, elle ne disparaît pas totalement.
Pédaler d’abord pour soi


Lorsqu’ils utilisent le vélo pour leurs déplacements, les Français invoquent avant tout des raisons liées au bien-être. La motivation dominante reste la santé : 61 % des usagers citent le fait de faire de l’exercice ou d’entretenir leur condition physique. Le plaisir arrive juste derrière, 43 % évoquant le caractère agréable du vélo, perçu comme un moment de détente à part entière.
Les considérations pratiques et économiques apparaissent dans un second temps. Un peu plus d’un tiers des répondants utilisent le vélo pour économiser de l’argent (34 %), tandis que 29 % y voient un moyen de gagner du temps ou de se déplacer plus rapidement. Sur ce point, les femmes sont plus nombreuses que les hommes à mettre en avant cet argument (32 % contre 26 %).
En revanche, la dimension environnementale, souvent associée au vélo dans le débat public, n’est citée que par un peu plus d’un quart des usagers (27 %), au même niveau que le sentiment de liberté dans les déplacements (25 %). Plus marginale, l’idée d’éviter des situations désagréables à pied concerne moins d’une personne sur dix, confirmant que le vélo s’inscrit d’abord dans une logique de bien-être choisi plutôt que de contrainte.
Le vélo sous condition de sécurité


Si le vélo séduit par ses bénéfices, il reste largement freiné par un sentiment d’insécurité, plus fortement exprimé par les femmes. La peur du trafic constitue le premier obstacle cité (38 %), et concerne davantage les femmes que les hommes (41 % contre 34 %). Le comportement des autres usagers suit de près (34 %), là encore avec un écart marqué entre femmes et hommes (36 % contre 30 %).
D’autres freins viennent s’ajouter à ces craintes liées à la circulation. Les contraintes personnelles liées au quotidien sont évoquées par près d’un quart des répondants (23 %), tandis que le manque d’itinéraires perçus comme sûrs (22 %) et l’insuffisance de l’éclairage sur certains trajets (20 %) continuent de peser sur la pratique. Ce dernier point apparaît particulièrement sensible chez les jeunes femmes, près d’un tiers des 18–24 ans citent le manque d’éclairage comme un frein. Enfin, des obstacles plus individuels subsistent, comme la crainte d’arriver sali(e) ou en sueur (14 %) ou le manque d’expérience à vélo (7 %), rappelant que la pratique reste conditionnée par des arbitrages très concrets.
La sécurité, oui… mais jusqu’à un certain point


Si le sentiment d’insécurité structure largement la pratique du vélo, il ne se traduit pas systématiquement par la présence d’un équipement nécessaire. Même si la majorité déclare porter un casque lors de leurs déplacements à vélo (67 %), un tiers ne le porte jamais (33 %). Cette ambivalence illustre une pratique encore marquée par des arbitrages individuels entre protection, confort et contraintes du quotidien.
Parmi celles et ceux qui ne portent pas de casque, ou seulement de manière occasionnelle, l’inconfort arrive en tête des raisons invoquées. Cet argument est plus fréquemment cité par les femmes que par les hommes (36 % contre 30 %), un écart qui renvoie à la fois à des contraintes pratiques — notamment liées aux cheveux — et à des enjeux d’apparence dans les lieux de destination.
Chez les plus jeunes, cette dimension est encore plus marquée : un quart des femmes de 18 à 24 ans expliquent ne pas vouloir porter de casque par crainte d’arriver décoiffées. Autrement dit, même lorsqu’il s’agit de sécurité, les normes sociales et les contraintes d’apparence continuent de peser sur les pratiques, en particulier chez les femmes.
Des comportements qui éloignent les femmes du vélo


Les résultats précédents mettent en évidence des écarts persistants entre femmes et hommes dans le rapport au vélo. Les femmes y recourent moins fréquemment et déclarent plus souvent des freins liés à l’insécurité, qu’il s’agisse de la circulation ou de certains trajets perçus comme moins rassurants.
C’est dans ce prolongement que l’analyse se concentre sur les situations auxquelles les femmes peuvent être confrontées lorsqu’elles circulent à vélo, et sur leurs effets concrets sur la continuité de la pratique.
Plus de quatre femmes sur dix déclarent avoir déjà été confrontées à des comportements agressifs — insultes, intimidations ou gestes déplacés — de la part d’usagers de la route ou de piétons (41 %). Ces situations ne sont pas marginales : 18 % des femmes indiquent y être confrontées régulièrement ou très souvent. Le phénomène apparaît particulièrement marqué chez les plus jeunes, puisqu’il concerne 58 % des femmes âgées de 18 à 25 ans.
Surtout, ces expériences ont un impact direct sur les usages. Parmi les femmes ayant déjà été confrontées à ce type de comportements, près de six sur dix ont cessé de faire du vélo, temporairement ou définitivement (57 %). Près de la moitié déclarent avoir interrompu leur pratique pour un temps, tandis qu’une femme sur dix y a renoncé durablement. Au-delà des tensions inhérentes à la pratique du vélo, certaines situations contribuent à écarter durablement une partie des femmes de ce mode de déplacement.
Des violences multiples, souvent imbriquées


Les récits recueillis montrent que les incidents vécus par les femmes à vélo relèvent rarement d’un seul registre. Les situations décrites combinent fréquemment agressivité verbale, mise en danger et comportements à connotation sexuée. Les violences verbales et les remarques ciblées — insultes, propos dégradants, commentaires sur le corps ou la tenue — constituent le registre le plus fréquemment cité, présent dans 40 % des situations rapportées.
Les mises en danger routière apparaissent tout aussi centrales. 39 % des témoignages évoquent des comportements agressifs de la part d’autres usagers : dépassements dangereux, refus de priorité, klaxons insistants ou frôlements volontaires. À ces situations s’ajoutent des formes de harcèlement et d’intimidation dans l’espace public — sifflements, drague insistante, poursuites, blocages ou regards appuyés — mentionnées dans près d’un quart des cas (24 %). Plus rarement, mais de manière particulièrement marquante, des violences physiques ou sexuelles sont également rapportées (9 %), allant de l’attouchement à des tentatives d’agression.
Pris ensemble, ces témoignages soulignent que les expériences relatées ne se limitent pas à des incidents isolés, mais s’inscrivent dans des situations où l’agressivité, la mise en danger et des comportements adressés aux femmes en tant que telles se superposent, contribuant à rendre la pratique du vélo plus contraignante, voire dissuasive.
Enquête réalisée par FLASHS pour Materiel-velo.com du 18 au 21 novembre 2025 par questionnaire autoadministré en ligne auprès d’un panel de 2 000 Français et Françaises âgé(e)s de 18 ans et plus, représentatif de la population française. L’échantillon comprend 1256 personnes utilisant ou ayant déjà utilisé le vélo pour leurs déplacements quotidiens.